« Spartacus est un film gay friendly » (Didier-Roth-Bethoni)

Parcourir le cinéma depuis ses débuts et sur tous les continents, avec Didier Roth-Bettoni auteur d’une d’une somme « L’homosexualité au cinéma » (La Musardine) est un franc dépaysement. Apéritif offert par Pourparlers avant le festival « Face à face » en novembre à Saint-Etienne.

Le cinéma n’est-il pas à la fois la vitrine et le miroir de la question homosexuelle ?
Le cinéma est vraiment le miroir de la vie. Il y a donc une double approche et une interaction permanente.
Le cinéma à la fois reflète l’état d’une société et lui permet d’évoluer. Le cinéma traduit un regard sur des minorités ethniques, nationales ou sexuelles. Mon approche est à la fois chronologique et géographique à travers toutes les cinématographies possibles et imaginables.

« Documentation irréprochable qualité d'écriture cet ouvrage appartient au club très fermé du livre essentiel » Avant scene Cinema « Ouvrage est très instruit, dense vivant et clair » TeleramaLe cinéma traverse l’histoire du 20 ème siècle. Quels sont les grands repères ?
Chaque pays a son histoire spécifique. L’Allemagne des années 20 avait le plus d’empathie pour les personnages homosexuels. En 33 avec l’arrivée des nazis, cela devient totalement impossible.
Aux États-Unis à la même époque (1934) le système américain se dote d’un code de censure extrêmement strict qui va interdire pendant 25 années toute représentation positive des personnages homos. Et puis à contrario, les « accélérations » des années 60-70 où la la libération homosexuelle accompagne la libération sexuelle. On voit l’émergence d’un mouvement militant où les homos sont en charge leurs propres films revendicatifs.
La Grande-Bretagne va changer dans les années 60 à partir du succès d’un film « La victime ». Dans les 80’s, Almodovar va faire évoluer la société espagnole jusqu’à aboutir en 2004 sur le « mariage pour tous »

Cinéma « homo », cinéma du ghetto ?

Tous les types de films ont donné une représentation aux homosexuels. Le ghetto c’est quand on vit entre soi. Là je parle d’auteur qui s’adressent à tous, avec des images accessibles à tous, mais avec mon décryptage.

Avec des clins d’yeux dans des classiques sur des images subliminales, des scénarios cachés, du refoulé qui remonte à la surface ?

Oui. Dans l’univers d’Hollywood des années 30 les cinéastes auront rusé. On trouve un subterfuge pour montrer des allusions homosexuelles dans des comédies, des films noirs et des westerns….

C’est la fin du mythe des cow-boys virils ?

L’ambiguïté sexuelle est partout . Les désirs se se croisent. Dans un univers extrêmement masculin -purement masculin?- comme les westerns il y a des ambiguïtés de regards, de dialogues. C’est très amusant et révélateur…..

La page 264 de votre livre, Spartacus serait un film Gay friendly ?

Bien sûr ! Le passage a été censuré à la sortie du film. La censure a fait supprimer cette scène 30 ans. On voit cette séquence depuis peu. C’est une séquence entre Laurence Olivier, sénateur Romain et l’esclave, Tony Curtis avec des sous entendus importants. Dans Ben Hur, péplum, il y  la scène entre Charlton Heston et son meilleur ami/ennemi Massala interprêté par stephen Boyle où le réalisateur avait incité à poser des des regards extrêmement appuyés chargés de désir sur le personnage de Ben Hur. Il fallait que les choses soient ressenties sans être dites.
Dans beaucoup de sociétés l’homosexualité est encore pénalisée. Le cinéma aide t-il à faire bouger les lignes ?
Les choses progressent très très nettement. En Asie, à Taiwan, Hong Kong, en Chine en Amérique du Sud – catholique et machiste- un cinéma novateur émerge. En Israël, société rigide, c’est sidérant de voir que le cinéaste le plus populaire Eytan Fox est homo et tout ses films en parlent ( ndlr reproduction d’un film d’Eytan Boyle sur la couverture du livre L’homosexualité au cinéma)
Vos choix d’esthete et de critique ?  

Des gens comme Fassbinder, Visconti ou des films comme « Certains l’aiment chaud ». Almodovar est aujourd’hui l’un des cinéastes les plus brillant. Dans sa mise en scène, il réussit le mieux à jongler avec les différents genres du cinéma, à les concentrer dans une forme esthétique cinématographique et narrative à la fois ultramoderne et incroyablement nourrie de références culturelles.

En France il y a une tradition de la comédie homosexuelle avec « La cage aux folles », « Gazon maudit » ou « Le placard ». Vous recevez comment ce genre ? 

La comédie est toujours le premier vecteur. Certaines sont offensantes et d’autres drôles.

Votre Bible recense les 100 films emblématiques. On retrouve « Les enfants du paradis ». Etonnant ? 

Les enfants du Paradis est fait par un réalisateur « homo » Marcel Carné. Le personnage principal Lacenaire est homosexuel. Réalisé à la fin de l’Occupation, en France, sur un sujet difficile, Carné  trouve un mode brillant pour aborder le sujet.

Ciné et homosexualité, un mariage d’amour ?

L’homosexualité en Occident devient visible dans tous les films sans être le sujet central. C’est assez formidable et le signe de la modernité.

Propos recueillis par Jean-Pierre Jusselme

Ecoutez l’intégralité de l’entretien sur http://soundcloud.com/pourparlers/itw-de-didier-roth-bethoni

Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, « Radio Libertés », et une régie mulitmédia « CPC 3.00 », l’heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode « rebelle ». A suivre…
  • Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, "Radio Libertés", et une régie mulitmédia "CPC 3.00", l'heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode "rebelle". A suivre...

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