Les chiens de garde aboient

En 2012, le documentaire Les Nouveaux chiens de garde (de Yannick Kergoat, Gilles Balbastre, Serge Halimi, Renaud Lambert et Pierre Rimbert) connaissait un énorme succès et remplissait les salles de cinéma (plus de 250 000 entrées). Trois ans plus tard, le premier documentaire Cas d’école, produit par la plate-forme Nada-info (http://nada-info.fr/), réalisé par Gilles Balbastre et financé grâce aux dons des souscripteurs, pose à nouveau la question des médias et de la place de l’information dans une société démocratique.

ITWgroupepresse from Pourparlers on Vimeo. Entretien réalisé par Antoine Mioque

« Cas d’école », film documentaire de Gilles Balbastre : la question des médias et de la place de l’information dans une société démocratique.

arton8657-ccc56En janvier 2012, le suicide d’une collégienne est instantanément érigé par la presse en exemple typique du « phénomène » de harcèlement scolaire. Dès lors, les journalistes débobinent un scénario usé jusqu’à la corde, fait de titres sanguinolents et de propos mensongers.

C’est à l’équipe pédagogique que nous avons proposé de déconstruire le rôle joué par la presse à cette occasion. Ils réagissent à leur mise en accusation dans ce drame et évoquent les effets destructeurs sur leur mission de service public. A la figure classique de l’enseignant-fonctionnaire corporatiste, les médias greffent celle d’un pédagogue irresponsable.

Cas d’école est l’occasion de mesurer les effets de nuisance du travail journalistique sur la démocratie et de dénoncer la gestion politique de la course à l’émotion médiatique.
Parce ce que la « liberté de la presse », célébrée par tous, est loin d’être effective partout, Cas d’école ouvre le débat.

Après les événements du 7 janvier, il n’y eut qu’un cri : « liberté d’expression ! ». Mais parmi ceux qui le poussèrent, à côté de millions de citoyens sincères, ceux qui bâillonnent cette liberté, en France et ailleurs, les Lagardère, Elkabbach, Dassault, Pujadas, Calvi, Bouygues, Joffrin, BHL et consorts étaient assez bien représentés. Ces chiens de garde ont vu en ces événements l’occasion de réaliser une opération de blanchiment des mauvais coups qu’ils portent à la pluralité de la presse tous les jours.
Il nous paraît plus nécessaire que jamais de construire des structures de contre-information comme Nada-info (http://nada-info.fr/).
Aussi, la sortie de Cas d’école est l’occasion de faire de vous les ambassadeurs de Nada-info.
Offrez ou faites acheter des exemplaires de Cas d’école à vos camarades syndicaux, politiques, associatifs, vos amis, vos familles…

Acheter le DVD de Cas d’école

Organisez des projections publiques dans vos villes, vos villages, vos caves, vos greniers, suivies de débats (l’équipe de Nada est prête à y participer).

Colportez la nouvelle. Faites feu de tout bois. Sommez vos proches de se rendre sur le site de Nada-info et de commander des dizaines et des dizaines de DVD de Cas d’école et de pré-acheter notre 2e projet, Nous avons des armes (http://nada-info.fr/site/?p=35).

La lutte pour la réappropriation démocratique de l’information continue !

L’équipe de Nada www.nada-info.fr

http://nada-info.fr/site/?p=55#more-55


Paru dans l’Humanité

Gilles Balbastre a réalisé avec Yannick Kergoat les Nouveaux Chiens de garde. Il revient sur le fonctionnement aberrant des grands médias et suggère à la gauche « politique et syndicale » de se saisir du débat.

Le film que vous cosignez avec Yannick Kergoat dénonce le formatage 
de l’information. Quel était votre objectif ?

Gilles Balbastre. Nous posons 
la question politique des médias. Dans quel univers médiatique nous trouvons-nous, 
et pourquoi ? Il y a eu dérégulation du marché des médias et de la presse, comme il y a eu dérégulation du marché de l’éducation, 
de la santé, des transports… Depuis trente ans, le seuil de concentration des médias s’est 
élevé et, dans le même temps, les journalistes ont perdu leur statut de résistance et n’ont plus vraiment les moyens de s’opposer à leur hiérarchie. Ce documentaire est un premier constat cinématographique. C’est intéressant de voir le nombre de grands médias qui nous sollicitent depuis la fin du film. Ils nous invitent pour en parler sur les plateaux télé alors qu’ils sont pris la main dans le sac. J’avoue que 
je trouve ça suspect en termes de récupération. En tout cas, nous avons tenté, avec ce film, 
de faire en sorte que les initiés ne s’ennuient pas, et qu’il soit pédagogique et ouvert aux troupes citoyennes qui n’ont pas encore tous 
les éléments pour avoir un avis complet 
là-dessus. Nous voulons dépasser le noyau dur de la critique des médias. On a de la chance, 
ce film sort au bon moment, à quelques semaines de l’élection présidentielle.
Au centre de votre film, il y a ce triptyque dangereux journalistes-politiques-patrons, 
qui fonctionne comme une grande famille. Comment en est-on arrivé là ?

Gilles Balbastre. Je voudrais vous citer un extrait de la déclaration des devoirs et des droits 
de la presse libre, adoptée par la Fédération nationale de la presse en 1945, c’est-à-dire, par les patrons de presse : « La presse n’est pas un instrument de profit commercial, c’est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre 
des idées, de servir la cause du progrès humain. La presse ne peut remplir cette mission que 
dans la liberté et par la liberté. La presse est libre lorsqu’elle ne dépend ni du gouvernement 
ni des puissances d’argent mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. » 
À force d’avoir ouvert les vannes 
à l’appropriation et à la dérégulation du champ des médias, la concurrence s’est faite 
avec des gens comme Bouygues ou Bolloré. 
Tout s’est peu à peu effiloché et des journaux comme l’Humanité ou le Monde diplomatique se retrouvent écrasés par ce système. 
La presse française souffre principalement 
de propriétaires et de hiérarchies réactionnaires. Bourdieu disait qu’il ne sert à rien de mettre l’éthique des journalistes dans leurs mains 
s’il n’y a pas de cadres légaux qui les protègent.

 

Dans votre film, il est aussi question des « experts », « les moins critiques des fondements du système ». Ne sont-ils pas les plus dangereux, finalement ?

Gilles Balbastre. Il y a un double processus avec ces « experts ». D’abord, ils sont invités partout parce qu’ils colportent la pensée dominante de l’économie libérale et marchande. Ils vont dans le sens des Lagardère, des Bouygues, des Bolloré. Ils sont aussi dans la logique de temporalité effrénée de l’information. C’est-à-dire que tous les journalistes ont leurs numéros de portable et savent que sur n’importe quel sujet, ils peuvent leur téléphoner, ils sont toujours disponibles. On a tellement marchandisé l’information que ces gens-là répondent à tout. Ils ne sont experts 
de rien si ce n’est de la propagande libérale. 
Ils se plantent sur toutes leurs analyses mais représentent les intérêts financiers de ceux qui tiennent le système, ils sont pour la plupart dans les conseils d’administration des grandes banques. Élie Cohen, par exemple, est 
au conseil d’administration de Pages jaunes, du groupe Steria et d’EDF énergie nouvelle. Ses jetons de présence pour ses trois entreprises s’élèvent à 107 212 euros pour l’année 2010 ! 
Et tout ce petit monde se retrouve aux dîners 
du Siècle, les derniers mercredis de chaque mois. Ils sont tous copains.

 

Cette critique des médias est également portée par l’extrême droite. Ne croyez-vous pas que 
ce genre de documentaire alimente finalement 
le « tous pourris » ?

Gilles Balbastre. La ligne de ce documentaire est le marxisme. Notre critique est une critique de classe. La structure même de ce film contredit 
le « tous pourris ». Le vrai problème, c’est que les représentants de la gauche, qu’elle soit politique ou syndicale, se sont éloignés de cette réflexion. Maintenant, un leader syndicaliste 
ne s’exprime plus dans les médias en pensant que ce sont des ennemis de classe. Pourtant 
c’est important de le savoir. L’arrogance, 
les mensonges, l’impunité de ces gens-là 
en font des ennemis de classe.

 

Vous finissez votre documentaire par cette citation de Nizan : « Tous ceux qui avaient la simplicité d’attendre leurs paroles commencent à se révolter, ou à rire. » Comment se révolter ? Peut-on encore en rire ?

Gilles Balbastre. À la sortie de nos projections, 
la majorité des gens ont la pêche. L’envie de dire : « Ce sont des bouffons. » « Finalement, ils nous ont volé l’espace public », a dit une magistrate après avoir vu le film. C’est exactement ça. 
Nous aussi, citoyens, nous avons des choses 
à dire, nous aussi nous sommes des experts. 
Ça donne envie de se révolter. C’est un phénomène qui, à des degrés divers, existe ou a existé aussi 
en Tunisie, en Égypte ou en Russie. Il faut repolitiser le débat sur les médias, c’est la seule solution. Il faut que des cadres soient mis en place, que des lois soient votées. Il faut se réunir.

[:en]

ITWgroupepresse from Pourparlers on Vimeo.

[:]

Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, « Radio Libertés », et une régie mulitmédia « CPC 3.00 », l’heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode « rebelle ». A suivre…

  • Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, « Radio Libertés », et une régie mulitmédia « CPC 3.00 », l’heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode « rebelle ». A suivre…

Laisser un commentaire