Le sacre du consomm’acteur

La cité ligérienne a inventé le catalogue Manufrance. Elle héberge aujourd’hui Nov In,  plate-forme d’innovation participative. Rencontre avec son créateur Ismael Meïté et analyse du modèle Nov in par Jean-Pierre Jusselme.

Nov In en quatre questions

Pourparlers ouvre un questionnement sur le modèle de développement de Nov’In. Ismaël est venu nous répondre en vidéo lors de notre atelier Médiamix au Mixeur.
Quel est le profil du contributeur? Et de la communauté?
My major compagny pour le financement participatif, Imagination for People pour les innovations sur les projets sociaux, Kiss kiss, Agora vox et ses enquêtes participatives la révolution de l’internaute « user centric » est en marche. L’internaute est roi. Sur son royaume de Toile, le « consommateur/ usager » se taille la part du Lion. Nov In en fait un Roi sans charges, car la plate-forme d’innovation
participative Nov In fait appel à sa créativité avant de solliciter son porte-monnaie.
Quelle est la place de cet essaim d’intelligence collective ? Comment le fidéliser sans l’instrumentaliser ? Qui sera le Nov Acteur ?
L’initiative entend rassembler un millier de «Nov’acteurs » d’ici avril. Quel sera l’agrégateur de la communauté ? Quelles seront ses intérêts ? Quel sera le profil des personnes déposant une idée et jouant le jeu de « Nov acteurs »? La révolution du « user centric» est-elle un pillage du droit d’auteur ? Et de la propriété intellectuelle?
Partir de l’idée pour aller au projet puis au développement. Euréka ! Nov In remet les choses dans le bon ordre. L’internaute soumet une idée à NOV’IN. Celle-ci est ensuite publiée sur le site et chaque membre de la communauté peut participer à l’amélioration du produit (crowdsourcing). Si l’idée est suffisamment populaire auprès des internautes, la faisabilité du produit est étudiée par l’équipe de NOV’IN « comme un bureau d’études classiques ». En cas de validation, le projet peut aller jusqu’à la fabrication en partenariat avec des industriels reconnus, puis la commercialisation du produit
via un site web dédié. Quid des droits moraux et patrimoniaux sur l’idée et l’invention? Qui soumet son idée est-il l’inventeur ? La communauté qui améliore le produit aura t-elle des droits dessus?
Du Printemps des poète à l’automne des entrepreneurs. Quel est le modèle du business plan?
NOVINIsmael réunit plus de 100 000 euros pour la création de NOV’IN. La société passe en SAS très prochainement, notamment pour permettre l’entrée de nouveaux capitaux au développement. Le dossier est accompagné par Loire initiative, le Conseil général de la Loire, la Région (Inovizi), Oséo et Saint-Étienne Métropole. Une levée de fonds auprès de « business angels » est prévue dans le courant de l’année. Aujourd’hui les portes s’ouvrent. Le printemps des innovations permises par le web 2.00 est à maturité. « Avec NOV’IN, le consommateur devient acteur de l’innovation » explique Ismael. Le prix de vente doit notamment permettre de rémunérer les internautes ayant contribué au projet. NOV’IN intervient comme un bureau d’études classiques en s’assurant de l’opportunité et de la faisabilité de chaque innovation. Barthes, sémiologue prédisant la mort de l’auteur ou Perec se détachant des choses de la société de consommation, auraient certainement rejoint la communauté. Nov In a indéniablement des vertus politiques et poétiques.Reste que la révolution poétique et politique est aussi celle du business plan original ! Quel sera le moteur du profit dans cette belle aventure ? Comment sera t-il réparti ? En somme quelle est la clef du business plan?
 Qui veut des produits aux contenus uniques?
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Nov’in a signé sa première réussite fin 2014, avec la commercialisation d’un sac de sport « intelligent » mis au point avec le concours de 500 internautes. Ce « smartbag » dédié aux sportifs urbains dispose d’espaces de rangement identifiés qui permettent de ne pas mélanger les vêtements propres et les affaires sales. Il a depuis été décliné en une gamme complète (sac à dos, sac en bandoulière…) sous la marque Karkoa. Près de 4.000 pièces ont été fabriquées et mises en vente via une boutique en ligne.

Nov In c’est d’abord et à ce jour une sorte de concours Lépine à l’échelle du web. Lancé en décembre, la plateforme aligne une vingtaine de projets, uniquement basés sur l’innovation participative. «

On recherche les produits de demain, ceux de la 4eme révolution industriel. On est passé de l’objet de masse à la personnalisation. Et maintenant on peut aller jusqu’au contenu unique » explique Ismael. Soit. En feuilletant les pages, on peut se dire que l’inventaire à la Prévert d’objets iconoclastes n’est pas loin. Le sac de sport est intelligent. Le stabilisateur de table sur sol en pente remplace la cale de camping. Les chaînes de neige sont adaptables sur toutes les voitures. Elémentaire mon cher Watson ? Quel sera le modèle de cette personnalisation ? Peut-on se passer des phases de développement industriels pour aller jusqu’à l’objet unique ? Fait-on l’économie de l’économie de Panurge ‘ faites comme votre voisin soyez différents ?
Attente

 

Interview de Fabien Dilly : un Nov'acteur très inventifJe m’appelle Fabien DILLY, j’ai 33 ans, j’habite a POIX-TERRON dans les ARDENNES, un petit village a 15 km de CHARLEVILLE-MEZIERES. Je suis plombier chauffagiste .J’aime le sport en général, je viens récemment de me mettre à la SLACKLINE, sport qui consiste à marcher sur une sangle et faire des acrobaties. J’aime aussi les jeux vidéo (c’est la génération qui veut ça). Mais ma première passion, c’est ma femme et mes deux enfants.
Pour vous, l’idée produit précède la découverte du concept de co-création. Vous aviez déjà une idée de produit innovant, vous avez cherché un système qui vous permettrait de le concrétiser, c’est bien ça ?
Oui c’est bien ça, à la base, j’avais dans l’idée de vendre le projet, prototype à l’appui. Je me suis donc renseigné sur Internet, et j’ai constaté que c’était pire qu’un parcours du combattant, surtout sans budget. La co-création était donc une bonne alternative pour que le projet voie peut être le jour.
Du coup, comment avez-vous réagi à la découverte de Nov’in ? Qu’est-ce qui vous a plu dans notre plateforme plutôt qu’une autre ?
Le principe de co-création m’a tout de suite plu. En plus les ACTS récompensent également ceux qui proposent des améliorations. Mais, vous le savez, comme l’appel d’idée sur NOV’IN était terminé à l’époque où j’ai voulu déposer mon idée, je l’ai d’abord déposée ailleurs.
En effet, vous avez déposé votre idée sur la plateforme d’innovation participative Open Oxylane, puis sur Nov’in, après la réouverture de l’appel d’idées. Racontez-nous cette histoire.
Il faut repartir du tout début. J’ai eu l’idée de la poussette-siège vélo il y a des années. Je vais régulièrement en vacances en camping à Argelès-sur-Mer avec ma famille. C’est de cette manière que j’ai été confronté à un problème : comment faire pour transporter la poussette alors que toute la famille se déplaçait en vélo ? Rapidement, j’ai trouvé une solution de dépannage intéressante : j’ai fabriqué une sorte de remorque à poussette qui s’accrochait au vélo. En me voyant passer, les gens n’en revenaient pas et trouvaient l’idée géniale. Mais je n’ai pas poussé plus loin. Puis c’est il y a quelques mois que je me suis dit que je pouvais peut-être réussir à la faire vivre, cette idée, à la concrétiser. Alors j’ai acheté un peu de matériel et j’ai réalisé un prototype d’une version plus évoluée de mon idée : une poussette/siège enfant pour vélo. Ca marchait très bien, alors j’ai cherché à vendre mon idée.
C’est à ce moment-là que vous avez découvert Nov’in ?
Exactement. Le problème, c’est que l’appel d’idées était terminé ! Mais moi, j’étais pressé : il m’avait fallu des années pour me décider mais cette fois-ci, je voulais que ça aille vite. je voulais savoir ce que d’autres pensaient de mon idée ; je voulais la confronter. Alors j’ai continué à chercher. J’ai trouvé le site Open Oxylane, alors, sans trop y croire (et sans vraiment lire les fameuses conditions générales d’utilisation que tout le monde accepte sans les lire…), j’ai déposé mon idée. Puis, après la réouverture de l’appel d’idées sur Nov’in, j’ai redéposé mon idée.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là…
En effet. Sur Nov’in, mon idée a rencontré un franc succès. J’étais très content. Puis, d’un coup, je suis contacté par les équipes d’Open Oxylane qui me disent que mon idée a été sélectionnée et qu’elle sera très certainement produite pour un grand groupe. J’étais super content, on m’a fait participé à une réunion vidéo web totalement en anglais… puis on m’annonce que j’ai gagné 300€. Et c’est tout. Du coup, j’ai dû retirer mon idée de novin.fr pour respecter les questions de propriété industrielle : mon idée appartient désormais à Open Oxylane !
On vous sent déçu d’une certaine manière
Déçu oui et non. Non parce que gagner un peu d’argent grâce à sa matière grise c’est toujours agréable et parce que le fait que mon idée a été choisie par un grand groupe international pour être produite est une grande fierté. Mais, oui, déçu parce que je sais que mon idée pouvait cartonner et que j’aurais aimé la porter jusqu’au bout. Aujourd’hui, Open Oxylane m’a donné un petit chèque mais c’est tout : mon idée ne m’appartient plus, je ne serai plus (ou à peine) sollicité pour son développement… et je ne toucherai jamais les bénéfices de son succès s’il s’en vend des milliers ! Donc au final je crois que j’aurais préféré que mon idée vive sur Nov’in, où les créateurs sont bien plus considérés et impliqués dans le développement de leur idée.
On peut imaginer en effet que vous soyez partagé quant à cette expérience. Mais vous êtes sacrément inventif et bricoleur, vous avez de la ressource et vous aurez d’autres idées ?
C’est sûr que des idées, ce n’est pas ce qui me manque ! J’ai déjà fabriqué pour ma famille et mes amis un jacuzzi avec un barbecue, un compresseur et une piscine à 25€… Et dès que j’ai une idée, j’essaie d’en réaliser un prototype rapidement, pour voir si ça fonctionne et s’il y a des choses à améliorer. Donc j’espère trouver une autre idée du siècle ! (rires)
Vous êtes comme Monsieur Jourdain, vous faites du design thinking sans le savoir ! (rires) Mais plus sérieusement, comme vous êtes manifestement très bricoleur et inventif, mettez-vous cette ingéniosité au service des autres projets « mécaniques » présents sur le site ?
Et bien non, très peu. Je suis désolé, mais j’ai un esprit très critique. Si la critique ne me dérange pas, j’ai bien peur qu’elle puisse en déranger d’autre, et qu’ils ne soient plus objectif vis a vis de mon projet. Du coup je ne commente que très peu les idées des autres.
Quels sont justement les produits, autres que le vôtre, qui vous paraissent porteurs, qui vous inspirent ?
Le bricolage est et n’est pas une passion pour mois : c’est presque un besoin. J’aimerais fabriquer chaque idée proposée sur le site (sauf les produits high-tech), pour les tester, voir le prix de revient, l’efficacité, même si la plupart ne sont pas économiquement viable.J’adore unes des dernières idées proposé. C’est le bip pour ceinture de sécurité. Elle a trois point forts : elle touche à la sécurité, elle concerne les enfants, et sont prix peut être très bas (j’ai déjà une idée de prototype en tête). Quel parent hésiterait a dépenser une dizaine d’euros pour la sécurité de ses enfants ? Du coup, c’est, selon moi, une idée qui a un très gros potentiel.

J’aime bien aussi la valise qui recharge les batteries, même si les technologies actuel ne permettent pas une telle chose. Au mieux, 2 km en valise peuvent recharger 30 seconde d’un smartphone, ou alors, la résistance des roulettes au sol freinerait trop les roulettes et fatiguerait trop le voyageur. Mais le principe est sympa !
Enfin, malgré le fait que votre idée n’a pas pu rester sur Nov’in, continuerez-vous tout de même à vous investir dans la communauté ? A déposer de nouvelles idées ? Améliorer celles des autres ?
Oui, bien sur ! Il y a une citation qui me va bien qui dit « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. »

Entretien réalisé pour le blog de Nov In

 

Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, « Radio Libertés », et une régie mulitmédia « CPC 3.00 », l’heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode « rebelle ». A suivre…
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    Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, "Radio Libertés", et une régie mulitmédia "CPC 3.00", l'heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode "rebelle". A suivre...

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