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Vincent Germani : “Je pense art tout le temps”

1 juin 2016 - Culture
Vincent Germani : “Je pense art tout le temps”

Issu de l’école des beaux-arts de Grenoble, Vincent Germani se tourne vers l’écriture en gardant sa sensibilité de plasticien. Une autre sphère de la création, faite de patience, de silence, de regards et de poésie. Prenons un thé avec lui.

Dame Fropo

Dame Fropo

“L’inconvénient du paradis, c’est de s’y ennuyer”. La littérature est un mal bien innocent. Vincent Germani est incurable. A 29 ans, c’est certain, il a de son art tous les stigmates.  Comme Jean de la Fontaine, il a décidé de ne pas être de son état mais de répondre de son être.

Les bourrasques du désir

Le désir, le mal être, la fuite, les languissements: “On se promène dans l’univers de Vincent inquiet, un oeil par dessus l’épaule, le corps voûté sous les bourrasques du désir qui finalement nous saisit…” explique Nicolas Fropo de Habart, peintre et proche ami de Vincent. On n’ira pas chercher chez lui, de fil à plomb naturaliste. Ses effets de manche servent une plaidoirie unique : quel est cet ennui qui donne à nos vie ses grâces et ses prisons. Vincent Germani, a déjà sorti un premier récit “Description d’un état traumatique” et un recueil de deux nouvelles : Une allumette pour l’éternité, qui  raconte sur une cinquantaine de pages l’histoire “d”Hélène de quarante ans, solitaire, muette, vivant chez sa vieille mère et communique avec le fantôme familial” et  « Un peintre du dimanche ». (Lyon, Editions Castalie, 2015) qui dissèque les affects d’un peintre “sans grande réputation évoquant la création et qui s’échine à faire durer son oeuvre”.

Un auteur prolifique

Le jeune homme de 29 ans a un carton plein de nouvelles, toutes du même acabit, entre drame et introspection. “La cavale de poussière” raconte la cavalcade d’un individu, “convaincu d’avoir commis un meurtre, et qui erre de région en région en rencontrant des femmes qui l’accueillent”. “La société de Madame de Fropo” est aujourd’hui en lecture chez Edit Only dont on a pu lire la recension du recueil de poème Le dispensaire ( Edit Only) de Nasser Soltane dans nos colonnes. Une veuve parisienne part à Vichy où son défunt mari lui a construit une villa. Obsédée par son rang, elle projette de réunir autour d’elle les mondains locaux. On y croise de savoureux personnages dessinant les contours d’une comédie humaine balzacienne. Entier plongé dans sa quête d’esthète,  Vincent cultive de vraies amitiés bohèmes avec La troupe des Artisants du théâtre avec Glady, Nicole, Dona Marts, Victoire, Pask El Paco, Yves Martinengo, Bruno,Möerès Trabelsi, Vincent Germani, et Chris R.V. Et fréquente la frappante Brigade contemporaine avec ses talents expressionnistes avec Elodie Secq, dit Lil Raven. Jhm Tout-court , ou Nicolas Froppo de Habart. Seule entorse à la Bohème parnassienne, sa passion dévorante pour les jeux de console. Mais comme là encore, il ne concède rien aux temps : il joue à Mario.



Portrait d’étudiant : Vincent (beaux arts) Cap… par akousmatiq-studio


Bel ennui

Les errances sentimentales d’un protagoniste ainsi que le désir d’approcher cette chose: l’ennui.

Germani

Toulouse, lecture de Vincent Germani”Description d’un état traumatique et autres nouvelles” ( Jean Montack – Editions La main qui sauve)

Esther dit que le sexe est meilleur quand nos yeux se blessent à la lueur de l’aube, que nos petits matins, qui mélangent l’odeur de bière et des premiers croissants, sont d’un vice à faire blêmir tous les Amours du ciel. Je n’ai pas la force de lui dire qu’il nous reste seulement, de la vie, quelques orgasmes ravaudés par le sex-appeal des femmes d’écran. Elle a cette satisfaction qui me nuit, cette proportion à se ravir de la chair, rien que cela.

Des années que, dans ce cercle d’adultes consommateurs, alcoolisés, bavards et décadents, me vient la géhenne de l’ennui. Je m’ennuie par exemple de ces parties qui n’ont pas la picturalité d’une orgie antique, des routines pornographiques que l’on élève au rang du délice, de nos appétits qui cachent nos misères. Je m’ennuie de Bertrand, de Xavier ou de Solange, venus poser leurs corps sur les nôtres en s’imaginant  plus licencieux que les fresques de Pompéi. Surtout, je m’ennuie des minutes qui suivent l’effondrement du plaisir, froides comme les cendres d’un cigare.

Ils dorment, et je cherche, dans le silence, ce qui me sauvera de cette petite société libertine. Ils dorment, les uns sur les autres, comme un agglomérat de viande ou de fusillés : je ne sais pas raconter mon dégoût de l’anatomie lorsqu’elle se présente ainsi, plurielle et disloquée.

Je parle d’un dilemme qui n’a pas son nom, mais il s’agit, peut-être, de l’inconvénient du paradis. J’ai tellement d’argent, tellement de temps, que cela me détruit.  Aussi, je ne travaille pas ; je crayonne des verges sur les sets de restaurant en niant tout ce que la vie veut de moi. La lésine est tellement puissante qu’elle vous forme à une sorte de jouissance chienne, molle et rituelle. J’apprends à me suffire de ma paresse en cherchant sa poésie au sexe, mais  la poésie ne veut pas de mon regard, elle m’incite à faire œuvre de moi-même. L’inconvénient du paradis, c’est de s’y ennuyer.

Pour lire la suite  sur Vincent Germani


 

 Extraits

 Courtes nouvelles

Cet homme, c’est la Lune et sa croisière sur le vide, sa vertigineuse errance, ses cratères silencieux, des coups et des bleus que la mémoire présente sur la peau de l’âme sans rappel de violence. Il est une voile sur un lac romantique qui se prosterne face au goût d’aventure de l’océan, à l’idée de sa force et de son sel, il est à peine une ombre, il est tout entier un fantôme, un pas sur une mécanique mouvante, immobile sans s’en rendre compte, une question sur le monde, parfois -oui, c’est ça: une question sur le monde – , orphelin du bon sens, roi de quelques limbes, LE roi de ceux qui ne comprennent pas ce que tous admettent, et, pour honorer Euripide, fidèle à une de ses sagesses: le bonheur n’est pas fait pour les vivants.” Vincent GERMANI

Le beau temps a basculé vers la brume, qui, le lendemain, a cédé sa place au petit matin frais et lumineux. Tout est encore incertain. La petite troupe – trois adultes et deux enfants – a quitté le mont reclus et boisé pour l’atelier, dans le creux du village. Je m’invente rapporteur, colporteur, et il est agréable de voir ces mains frotter le papier ou amasser des couleurs sur un portrait. Petit moment de rien, convivial et créatif, animant le calme de notre automne. Passeront, ne passeront pas, ces quelques regards familiers, introvertis ou porteurs de remarques. Une auréole d’artistique ou de fantastique dans l’espace ardéchois. Les visages de Nicolas ont été choisis pour leur effet d’antan, des personnalités peintes et rimbaldiennes qui se repèrent dans la constante de gris. De l’autre côté de la salle, il y a le cocasse de Richard, sa métaphore filée d’un surréalisme que l’on découvre dans des scènes non sans rapport avec celles du théâtre. Vincent GERMANI

Photo du profil de Jean-Pierre Jusselme
Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, “Radio Libertés”, et une régie mulitmédia “CPC 3.00”, l’heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode “rebelle”. A suivre…

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