La chanson française a eu chaud cet été

Créés il y a 20 ans, les quotas radiophoniques sont l’un des dispositifs emblématiques de la diversité culturelle française. Cet été ils ont failli passer à l’as. Retour sur cette passe d’armes.avec Michel KEMPER

(photo DR)

Depuis vingt ans, la loi impose aux radios de diffuser au moins 40% de chansons en langue française, ce qui, sauf à vouloir taire notre langue, est bien le minimum. Si, contrairement à certains pays, on entend encore en France des chansons dans notre propre langue, c’est bien grâce à cette loi. C’est cette loi qui a sauvé la Chanson française. Depuis vingt ans, les radios commerciales, NRJ, RFM et Fun radio en tête, se battent pour faire tomber cette dernière digue, ces quotas. Ah, le rêve d’antennes entièrement soumises à l’anglo-saxon… Pour l’argent, NRJ est prête à renier sa langue maternelle. Et, de toute façon, triche en permanence, elle et ses consœurs. Ces 40% obligés de langue française, elle les réalise sur dix titres seulement, matraqués à mort, « en rotation » comme on dit. Exit la diversité culturelle (les grands mots tout de suite : si vous leur parlez de culture, les abrutis d’NRJ sortent leurs flingues !).

Au demeurant, que font les autres radios, France-Inter incluse, dont le quotas est, elle, radio publique oblige, d’au moins 50% ? Ce quota respecté à la lettre (pas de chance d’y entendre une chanson française de plus !) reflète-t-il pour autant la diversité de la chanson de ce pays ? Oh que non, nos lecteurs ne le savent que trop ! Ce volume de chansons est comme sous-traité par les gros labels, les majors, d’un formatage honteux qui n’a pas grand chose à envier à celui des radios commerciales. Les radios commerciales sont vent debout contre les quotas : elles veulent désormais  les faire supprimer. 100% d’anglo-saxon à l’antenne, c’est leur rêve absolu, leur jouissance promise !

Le gouvernement est pour le maintien et exige, lui, une diversification des titres à l’intérieur des quotas (que ce ne soient pas toujours les mêmes chansons, ce qui, sans réelle définition de ce qu’est le champ de la chanson, ne veut pas dire grande chose). En contrepartie il est prêt à baisser les quotas de 40 à 35 %. Défaite donc. A l’initiative de la Sacem, prise un peu au dépourvu, les artistes viennent de signer une pétition pour sauver la langue française. En un peu plus de 48 heures, la Sacem a rassemblé 1800 signatures d’artistes. Et le Parlement a adopté un amendement de compromis. Jusqu’à la prochaine attaque….


Sonia Devillers reçoit Tristan Jurgensen, directeur général de Fun Radio et de RTL2


De la chanson française, du Kendji Girac et autre Maitre Gims, vous en entendez des tonnes sur les radios musicales privées. Le problème ? Ce sont toujours les mêmes. 10 titres – seulement – qui permettent aux stations de remplir leurs quotas de chansons françaises. La loi veut corriger ça. Mais les radios musicales font barrage. Face à elles, 18000 artistes signent une pétition pour sauver les quotas, c’est-à-dire pour sauver les morceaux en français sur nos ondes. Le torchon brûle à deux jours du dernier examen parlementaire de ce texte incendiaire.

Plus de 2000  chanteurs ont signé cette pétition « Touche pas à mes quotas » à l’initiative de la Sacem.

JANN HALEXANDER : « SI LE GRAND PUBLIC NE RÉAGIT PAS, QUI LE FERA? » J'ai effectivement signé cette pétition que j'ai reçue de la Sacem le 9 juin. Il n'y a pas eu de démarche particulière de ma part. Habituellement je suis très méfiant vis-à-vis des pétitions, j'en signe rarement, même si j'en reçois régulièrement. Les pétitions parfois jouent sur l'émotion au détriment de la complexité d'une situation donnée, je pense. Ici, la pétition était plutôt claire. J'aurais pu ne me pas sentir concerné : je passe très peu en radios. « A Table » et « Il est minuit Docteur Schweitzer » ont bénéficié de quelques passages radios, mais en général c'est plutôt anecdotique, tellement anecdotique que lorsqu'« A Table » a été diffusé sur France Inter, j'ai reçu des félicitations de collègues, ce qui m'a laissé très perplexe. Mais si je passe peu en radio, et je ne suis qu'un cas parmi d'autres, c'est parce que le nombre d'émissions musicales radiophoniques a drastiquement baissé ces vingt dernières années. Il en est de même d'ailleurs pour la télévision – un passage d'une heure sur TéléSud, comme ce fut le cas en 2015, ce serait quasiment inenvisageable à l'heure actuelle. C'est dire si les choses changent vite, trop vite et dans le mauvais sens pour les artistes. Le nombre d'émissions musicales baisse, il y a une concentration des monopoles et la diversité des playlists, déjà limite, baisse dangereusement. Si le grand public, capable de se plaindre de ce manque de diversité, hélas, ne réagit pas pour autant, alors qui le fera ? Ce serait tentant pour les artistes, connus, très connus, moyennement connus, peu connus, inconnus, de rester chacun dans son coin, en essayant de tirer profit de la situation. En clair : Chacun pour soi et la Chance pour tous. Mais j'ose penser qu'il y a urgence. Et c'est bien la Sacem, dont je suis membre depuis 2004 (j'ai débuté dans la musique en 2003) qui a envoyé cette pétition. Si j'ai signé, ce n'est pas uniquement par peur de la baisse de la diversité des musiques à la radios. Cette baisse est déjà effective, elle est importante, j'en ai pris acte. Personnellement j'ai été ammené à faire de ma vie d'artiste un mode de vie plus qu'un métier, tellement les mutations sont violentes, profondes et accélérées. Cela implique toute une organisation pour ne faire que ça. - et un entourage solide. Et la santé aussi. Je ne suis évidemment pas le seul dans ce cas. Mais ma peur, c'est surtout ce que la remise en cause de la diversité en radios sous-entend : nos chansons, que nous essayons de faire belles, que nous souhaitons quoiqu'on dise, accessibles au plus grand nombre, ont-elles droit à l'existence ? Avons-nous vocation à ne créer des musiques que pour alimenter des publicités de voitures et les playlists de certaines radios mis à fond dans les commerces de restauration rapide ? Si j'ai signé, c'est que je pense que nous valons plus, bien plus que ça, qu'il est temps de le rappeler. Au fond, je m'étonne que nous ne soyons que « 1800 » artistes à avoir signé. Cela me paraît bien peu, compte tenu du nombre de chanteurs en France. Est-ce la peur de s'engager ? Car signer une telle pétition c'est vraiment un acte d'engagement. Ce n'est pas simplement une question de porte-monnaie. Il s'agit aussi de Culture, à laquelle les artistes que nous sommes apportent leur apport. Pour la rendre vivante, et non simple objet sonore en toile de fond. Pour maintenir ce dynamisme, il faut préserver une diversité musicale déjà relative.
JANN HALEXANDER : « SI LE GRAND PUBLIC NE RÉAGIT PAS, QUI LE FERA ? »

Abd Al Malik, Axel Bauer, Alex Beaupain, Mathieu Boogaerts, Carla Bruni, Jean-Patrick Capdevielle, Alain Chamfort, Louis et Mathieu Chedid, Albin de la Simone, Dominique A, Thomas Dutronc, Michel Fugain, Yves Jamait, Michel Jonasz, Juliette, Kent, La Grande Sophie, Maxime Le Forestier, Linda Lemay, Gérard Lenormand, Enrico Macias, Maurane, Christophe Miossec, Nana Mouskouri, Pierre Perret, M Pokora, Oxmo Puccino, Véronique Sanson, Michel Sardou, Alain Souchon, Hubert-Félix Thiéfaine Pierre Barouh, Joël Favereau, Boris Bergman, Jean Fauque, Claude Mesles, Didier Barbelivien, Alice Dona, Chico Buarque, Marianne Faithfull, Rokia Traoré, Erik Orsenna, Justine Lévy, Marie Nimier, Viktor Lazlo, Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Dardenne, Michel Legrand, Didier Lockwood, Giovanni Mirabassi, Jean-Michel Jarre, Marc et Pierre Jolivet, Jean-Félix Lalanne, Line Renaud, et même le dessinateur Plantu…Nicolas Bages (Bacchus), Idriss El Mehdi Bennani, Philippe Chatel, Dominique Terrieu (Dimoné), Lili Cros, Joseph d’Anvers, Tri Yann, Guillo (Guillaume Galiana), Richard Gotainer, Philippe Lavil, Arthur Ferrari, Zaza Fournier, Manu Galure, Gréu Gari des Massilia Sound System, Luce, Luciole, Bastien Lanza, Christopher Murray, Gilles Roucaute…Jérémie Bossone, Isabelle Boulay, les comédiennes Nicole Calfan et Eva Darlan, Teofilo Chantre, Georges Chelon, Pascal Danel, Thibaut Defever (Presque Oui), Nicolas Driot (Kandid), Michel Drucker, le compositeur de musique Pascal Dusapin, Jacques Dutronc, Enzo Enzo, Daniel Fernandez, l’auteur Pierre Grosz, le producteur Rémy Grumbach, Sylvie Hoarau des Brigitte, Gilbert Laffaille, François Morel, Frédéric Nevcheirlian (Nevché), Patricia Petitbon, Olivier Rech, François Staal, Tryo, Louis Ville, Youssoupha, Julie Zenatti…

 

 

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