Les écrits vains sont des mots dits

En ce début de week end, je me promène dans la rue en cherchant l’inspiration pour une première chronique. Qui était le meilleur chroniqueur sinon Louis-Ferdinand Céline himself  qui avouait « avoir mis sa peau sur la table » ?


Dans un pessimisme ambiant, l’inspiration me vient soudainement en observant les gens se bousculer pour le Black Friday. Quand je les vois se battre pour des vêtements, je pense alors à Emil Cioran : »Ne nous suicidons pas tout de suite il reste encore quelqu’un à décevoir ».
Moi qui baigne dans le syndrome de l’âge d’or depuis longtemps, je me pose sans cesse la question : « Est-ce que la culture n’est pas en train de sombrer ? Est-ce que ce n’était pas mieux avant ? ».
Désormais ancrés dans le diktat du paraître, les gens ne se cultivent plus. Le cinéma, l’art, la littérature… Ils ont tout abandonné pour choisir la facilité. Hanouna fait des scores d’audience incroyables, on vénère Black M, Matt Pokora et liberté d’expression oblige, on laisse même la parole à Nabila.martial
Merde, est-ce que je suis déjà un jeune vieux con du haut de mes vingt-six ans ? On a pourtant un héritage conséquent… Les lithographies de Gustave Doré, les peintures de Gustave Caillebotte, les photographies d’Helmut Newton et de René Maltête, les thermes de Peter Zumthor, les films de Pasolini, la musique d’Hendrix, la poésie de Théodore de Banville, les dessins de Cocteau, les aquarelles de Gabrielle Vincent, le talent d’Herbert Von Karajan, les contes de Roald Dahl et même aucun scénariste aujourd’hui n’est capable de faire mieux que Michel Audiard. Non, à la place on a Brice de Nice qui fait salle comble. Je m’interroge : « Qu’est-ce qui plaît aux gens là-dedans ? », je leur demande et ils répondent : « Ça détend l’esprit… On sort du boulot on n’a pas envie de se prendre la tête ». Ça détend tellement l’esprit que ça ramollit le cerveau.
On ne demande pas au peuple de réciter Molière mais il ne sait plus écrire, preuve dans les réseaux sociaux ou les curriculum vitae. Non, « au jour d’aujourd’hui » ou « incessamment sous peu » ça ne veut rien dire et on dit UN tentacule et non une tentacule, j’y tiens. Ne parlons même pas des « si j’aurais voulu ».
Et pourtant la télé-poubelle séduit plus que jamais. Rappelez-vous de l’émission Droit de réponse, quand Michel Polac invitait Gainsbourg, Renaud ou Choron face aux journalistes de Minute(journal d’extrême droite), là y’avait de la danse ! Sans oublier Apostrophe avec Bernard Pivot et l’ingérable Bukowski. Il me semble que les gens lisaient encore et qu’on avait mieux à faire que de décerner le prix Nobel de littérature à Bob Dylan.martial-2
Encore, les bien-pensants veulent qu’on se plie à la norme. Si vous avez le malheur de dire que les attentats du 11 septembre n’étaient qu’un vaste complot politique visant à exploser le budget de l’armée américaine et envahir le Moyen-Orient pour y voler le pétrole ou encore que l’homme n’a jamais marché sur la lune en 1969 et que c’est ce bon vieux Kubrick qui a filmé la supercherie depuis un studio hollywoodien, vous êtes définitivement blacklisté.
Fuyant le consumérisme à outrance pour la journée, je me rassure en me disant que le philosophe Noam Chomsky vivant, on a encore de beaux jours devant nous. Je commence à aller mieux jusqu’à qu’on m’annonce que ce dimanche a lieu le deuxième tour des primaires de droite et que je devrai me rendre dans l’isoloir pour choisir entre la peste et le choléra.

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