Rencontre avec Joël Egloff

De l’écriture de roman  à celle de scénario. Quand Joël Egloff sublime l’identité des anonymes.

Dimanche matin, il est dix heures et nous sommes à la Fête du livre de Saint-Etienne, édition 2016. Rendez-vous avait été pris pour un café, près du stand de la bouquinerie Le Bruit des Vagues sur la place Jean Jaurès, avec Joël Egloff pour parler de son dernier roman  J’enquête, paru cette année aux éditions Buchet Chastel. Bon d’accord, je suis fan de cet auteur. Je l’ai rencontré pour la première fois en 1999, lors de la 13ème édition de la Fête du livre. Il venait y dédicacer son premier roman Edmond Ganglion et Fils paru aux Editions du Rocher. Je travaillais alors à la librairie Forum et c’est ma collègue Josiane qui m’avait présenté son livre en me disant « Lis, c’est génial ! ». Ah on peut dire qu’elle avait du talent pour découvrir les bons auteurs ! « Et puis Joël Egloff, il est vachement sympa, tu verras », avait-elle ajouté. Il n’en avait pas fallu davantage pour que je me plonge dans les aventures rocambolesques de ce premier roman qui alliait déjà l’humour noir à la poésie. Joël Egloff est auteur à temps complet et vit aujourd’hui de sa plume et des activités annexes à l’écriture (scénario, interventions en lycée). Quel plaisir alors de lire son nom sur la liste des auteurs de cette Fête du livre 2016. Et cette fois-ci, je ne me contenterais pas d’une petite rencontre dans les allées du grand chapiteau…j’allais l’interviewer ! Via son agent de presse dans un premier temps, puis après une rencontre sur son stand, rendez-vous était donc pris pour ce dimanche matin. Parce que j’avais mille et une questions à lui poser, parce que je venais de lire J’enquête et relire Edmond Ganglion et Fils et L’étourdissement, parce que j’avais l’impression de le connaître déjà un peu grâce à son écriture, je ne lui demandais pas d’entrée de jeu qui il était mais « qui » il écrivait… Mais rien que pour vous, je remets les choses en place ! Son parcours, je ne le connaissais pas. Ce qui m’intéressait, je vous l’ai dit, c’est « qui » et comment il écrit. Mais bon, je suis curieuse quand même de savoir s’il ressemble à son écriture et si son écriture lui ressemble donc prêtons-nous au jeu…

Joël Egloff, qui êtes-vous ?

J’ai vécu dans l’Est jusqu’au Bac. Je voulais faire du cinéma c’est pourquoi je suis parti à Paris faire une école qui y préparait. J’ai travaillé dans l’audiovisuel et j’ai connu un parcours de galère à Paris. A un moment, j’ai même perdu espoir que les scénarios soient reçus. Puis j’ai écrit mon premier roman, je l’ai envoyé à plusieurs éditeurs en 1999 et ce sont les Editions du Rocher qui l’ont publié.J’ai fait quelques émissions de télévision à sa sortie, notamment chez Pivot ou Chancel, et il a fait l’objet de quelques petites pastilles dans de courtes émissions de présentation de nouveautés littéraires. Le problème avec la télévision, c’est que vous avez l’impression que personne ne vous écoute vraiment et que vos interlocuteurs, à peine ont-ils posé une première question, qu’ils ont déjà la deuxième à la bouche. Il faut du rythme… Je préfère la radio pour ce temps qu’elle donne pour réfléchir. C’est un vrai bonheur. Quelqu’un vous écoute et n’est pas en train d’animer un show.

J’enquête -
Comment se met-on à l’écriture d’un roman ?

Ce sont les réussites qui encouragent et c’est le manque qui remet au travail. Et puis il y a le besoin de digérer la parution. Il faut un sas, et ce sas, c’est ce genre de manifestation qu’est la Fête du livre.Un livre comme J’enquête, c’est une année d’écriture après réflexion. J’enquête est plus troublant. Le public a peut-être moins suivi même si j’ai de bons retours. La rencontre avec le lecteur est importante car elle compense la solitude de l’auteur.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la chute dans vos romans ?

Certains peuvent avoir un sentiment de frustration. Dans J’enquête souvent les lecteurs reprochent la fin alors que pour moi c’est une fuite en avant.

Vos livres sont emprunts d’humour noir et sont tout à la fois plein de poésie… On peut rire comme se sentir presque oppressé. Il y a beaucoup de Vian chez vous. Est-ce que c’est un auteur qui vous a inspiré ?

J’ai beaucoup lu l’arrache-cœur en effet et je peux dire qu’il a été un déclencheur… Boris Vian est plus à la limite de la réalité que moi. Moi je tords la réalité, lui invente une autre réalité.

Vos personnages principaux n’ont pas de nom. Tous des ratés ?

Ce sont des gens qui ne sont pas bien dans le monde qui les entoure. Je ne dirais pas que ce sont des ratés, mais plutôt des gens qui n’ont pas trouvé leur place dans la société car elle est violente et qu’ils n’ont pas les facultés pour s’y adapter.J’ai fait le choix d’écrire à la première personne. Je me retrouve dans la peau du personnage et je n’ai pas besoin de nommer. Je donne des noms aux personnages secondaires seulement et je passe beaucoup de temps à leur en trouver un. Le fait que souvent mes personnages n’ont pas de place dans la société fait que je ne les nomme pas. Leur identité n’est pas assez affirmée pour ça. Et pourtant je ne suis pas dans la psychologie des personnages mais dans la description. S’ils avaient des noms, ils seraient des battants !

jegloff2Vos personnages peuvent être anonymes mais ils ne sont pas neutres pour autant ? Le curé du dernier roman n’est-il pas un peu escroc ?

Il est mielleux c’est certain, escroc, peut-être pas, mais il a sans doute des choses à cacher. Dans mes histoires, il y a toujours des contraintes physiques qui empêchent les personnages d’agir.

Tout comme vos héros sont anonymes, on a du mal à dire où se situent les histoires que vous nous racontez…

En effet, il n’y a pas de lieux identifiables, mais tout de même, c’est plutôt le Nord, Nord/Est qui m’inspire.

Quand on vous lit, on imagine bien des adaptations cinématographiques. Vous avez des propositions ?

Edmond Ganglion et Fils, mon premier roman, a été adapté pour le cinéma. Le tournage vient de se terminer. A l’écran début 2017, nous verrons apparaître Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont ou encore Olivier Gourmet dans les rôles principaux. Je salue ici la ténacité du réalisateur Gérard Pautonnier . Je me suis rendu sur le tournage et c’était de beaux moments. Il existe également une adaptation de l’étourdissement en court métrage. Il avait été réalisé en 2015 par le même réalisateur. J’ai d’ailleurs un autre projet avec ce réalisateur…

Est-ce que cela n’a pas été trop difficile de se remettre à l’écriture du scénario dix ans après la fin de l’écriture du roman ?

Il y a eu une vingtaine de versions ! Les choses sont assez ouvertes mais à partir du moment où on a les noms des comédiens, c’est comme une évidence. Le plaisir est de prendre des libertés avec le texte original. S’il s’agit d’une réadaptation du roman, comme si j’avais pu aborder le sujet différemment.

Est-ce que c’est un aboutissement ?

Je dirais plutôt que c’est un équilibre. Et je ne pense pas cinéma quand j’écris un livre. J’ai un mode de fonctionnement visuel. J’ai été habitué à l’observation à l’image de par ma formation.

En tout cas, rendez-vous est pris pour revenir à Saint-Etienne, peut-être à l’occasion de Grand froid… En attendant, chers lecteurs, n’hésitez pas ! Lisez et vous en redemanderez !

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