La danse des jours et des mots semaine 2

Marcel Faure tient son journal quotidien. Pourparlers vous livrera, chaque week-end, durant une année, les pages de  « La danse des jours et des mots ». « Un face à face, un corps à corps avec les mots, poème, proème, à chaque lecteur d’en trouver sa propre définition ». Puissent ces mots dansés faire écho dans d’autres consciences.

Lundi 28 novembre  / 0067

marcel-faureUne de mes voisines, un certain volume corporel et une voix de poissonnière, clame le rouge aux joues qu’elle égorgera le goret qui jette ses ordures par la fenêtre. Elle est plantée sur le parking, un reste de salade dans les cheveux. Elle menace les étages hauts perchés. Une virtuose du vocabulaire de salle de garde.

J’envisage une récidive pour entendre à nouveau ce régal de noms d’oiseaux. Irréalisable, nous sommes sur le même palier. Quand elle remonte enfin, en bon hypocrite que je suis, je n’irai pas compatir. Je n’ose provoquer un second récital privé.

Mardi 29 novembre / 0068

Cette belle expression, toujours relevée dans Sollers «  liberté du cœur « , pour parler des aventures amoureuses que son personnage se permet. Mais où se trouve la frontière entre un personnage et son auteur.

Ce qui est scandaleux, lorsqu’un cœur est pris, ce sont ces barreaux qui l’enferment si durement. Un jour ils cèdent brusquement ou ils s’érodent avec le temps et ce cœur libre ne sait plus vivre hors de sa prison.

Je ne fais pas l’apologie de l’adultère mais celle du pardon, au nom de cette liberté du cœur. Pas de trucages, de rafistolages, ni pour de fausses ni pour de vraies raisons, l’avenir incertain, les enfants, le quand dira t-on, ou la maison qu’il faudrait partager, non, un vrai pardon. Et peut-être un peu d’admiration pour cette liberté que l’on se refuse.

Et si la cage est ouverte, l’oiseau ne s’envolera peut-être jamais. Pourquoi le ferait-il si l’horizon n’est plus une provocation.

Mercredi 30 novembre / 0069

Ici l’on s’aime à toutes heures. Ce pourrait être l’enseigne d’un hôtel de passe, comme celui, plus narcissique,d’un salon où l’on prend soin de soi,massages,méditation,parfums d’Orient…

Mais dans ma tour plurielle, tous ces enfants qui naissent … du studio au F5 partout l’on s’aime. Tard dans la nuit, en milieu de journée, dans la cuisine au salon ou dans la chambre … et qui grandissent.

9h30, papa et maman sont au travail. Au dessus de ma tête, la sarabande du matelas. On sèche les cours jeune homme ! Qui est venu vous rejoindre ? La belle et plantureuse maman du troisième ou la petite brune qui descendait du bus cinq minutes plus tôt.

Parfois on retrouve les restes d’une urgence, dans l’ascenseur. Il passe aussi d’étranges objets volants par les fenêtres. Imaginez ma voisine avec … un bel orage en perspective.

Je ne veux pas des drames qui se nouent, des ruptures, des violences. J’aime ma tour, vibrante, écornant le ciel de son plaisir, dressée, fière au dessus de la ville. J’aime ma tour, ruisselante d’enfants, de rires, d’émotions.

10h45 une déflagration étouffée à l’autre bout de la ville, la tour « plein ciel » réduite en poussière.

Jeudi 1er décembre / 0070

La raison nous impose de croire en la version officielle : il faut travailler pour vivre. Mais que faisais-tu avant d’aller au boulot : rien. À quoi rêves-tu pendant que tu bosses : à ne rien faire, c’est quoi les vacances : s’allonger sur la plage et ne rien faire. Dois-je développer ?

Je n’ai jamais eu ce courage de ne rien faire. Souvent je le regrette.

Vendredi 2 décembre/ 0071

Je me lève. J’enfile ma robe de chambre. Je m’assieds sur une chaise ou dans un fauteuil. J’attends.

Un mot passe. Je souffle dessus pour attiser sa braise, je tisonne le fourneau. Le bois s’enflamme. Le feu crépite doucement. Le spectacle se met en place.

D’autres lieux, la nuit, un feu de camp, quelqu’un chante. Une grosse branche bien sèche ravive la flamme, projections incandescentes, lucioles rougeoyantes. Plus tard, allongés dans un sac de couchage, nous espérons des étoiles filantes. Mais très haut, un nuage ronge notre ciel de lit. Qui donc s’est endormi le premier ?

Ici, dans un mot, un seul, il y a toute une nébuleuse de signes à explorer. Dans chaque bouche il se réinvente, et si la bouche est tendre, des fruits mûrs s’envolent et séduisent.

Et celui-ci de mot, entièrement utilitaire, – bois – que j’allais négligemment ajouter au bûcher, le voici sculpture, maison, piano, jouet, chaise, table, buffet, ou bien vivant et encore arbre à pain, cerisier, frêne, chêne, épicéa, ébène, sapin, forêt, … – bois – et l’onde se répand en cercles concentriques. Bois, un mot initiatique qui se cache dans chaque essence, dans chaque utilisation.

Samedi 3 décembre / 0072

Pourquoi cette odeur de fumée dans mes narines ? Chauffage collectif par le sol, cuisinière électrique, dans cet univers aseptisé toute odeur inquiète. Rien ne doit s’échapper de la hotte aspirante,

Sur la colline,dans les jardins ouvriers,quelqu’un brûle des feuilles mortes,Légère et entêtante,l’odeur s’insinue jusqu’au cœur des maisons.

Ailleurs,il y a longtemps ,la cheminée refoule , toute la bande d’amis tousse. Pour que le tirage se fasse, il faut ouvrir la porte extérieure qui donne sur une cour pavée de lauzes disjointes.Nousavons25-30ans,nous sommes heureux,nous refaisons le monde.

Aujourd’hui, toujours à refaire le monde. Aller de l’avant même si chacun de nos pas est minuscule. Le nez en l’air, suivre la piste du jardinier, nettoyer, remettre en état, préparer imperceptiblement le sentier que d’autres emprunteront. Demain l’air sera libre de droits.

Dimanche 4 décembre / 0073

Résultat d’images pour serge kervalUn héron passe dans mon ciel de ville. Perdu ? Non, il part là bas en direction de la Loire et des étangs. Que cherchait-il ici ? L’étal d’un poissonnier ? Il calligraphie son message d’ailes sur les courbes de l’air.

Cette langue scintillante au pied des dernières collines, c’est elle, ma belle encore sauvage. Elle file, vers Orléans, les châteaux et Saint-Nazaire, pour mêler son tumulte à celui de l’océan.

Une ballade que chante Serge Kerval, décrit la Loire comme une jeune fille peu farouche qui se donne volontiers, au roi comme au roturier. Les berges effrontées abritent bien des amours ingénus. À chaque méandre son doux secret. J’en connais quelques uns qui me vinrent aux oreilles; mais chut …

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Je suis né en …pff … Toujours vivant. Bureaucrate et bibliothécaire en Stéphanie. Stéphanois certes, complètement gaga certainement pas. Ceci est donc l’histoire d’un vieux con toujours vert qui fait danser les jours et les mots.

  • Je suis né en …pff … Toujours vivant. Bureaucrate et bibliothécaire en Stéphanie. Stéphanois certes, complètement gaga certainement pas. Ceci est donc l’histoire d’un vieux con toujours vert qui fait danser les jours et les mots.

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