Après Charlie, tout est pareil : l’argent de l’Etat et les médias de proximité

La liste de la centaine de bénéficiaires du fonds de soutien aux médias « d’information sociale de proximité » vient d’être dévoilée. Analyse et décryptage. Par Sébastien Boistel, du Ravi et de MédiasCitoyens PACA.

Qui a dit qu’il ne se passait rien en été ? Fin juin, Jérôme Bouvier, en charge des médias « pas pareils » au ministère de la Culture, a tiré sa révérence, remplacé par Sophie Lecointe. Et c’est début août qu’a été dévoilée la liste de bénéficiaires du « fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité » mis en place cette année par le ministère dans le sillage de la mobilisation du « tiers secteur médiatique » après les événements de « Charlie ». Un an après l’appel à projets préfigurant ce fonds qui vit 114 structures – sur 462 prétendants – se partager un million d’euros, là, sur 269 candidats, 108 médias se voient accorder une aide allant jusqu’à 18 000 euros, pour un total de 1,3 millions d’euros et non 1,5 comme annoncé.

Alors que la dotation initiale était des plus modestes, que le ministère ne distribue pas l’ensemble de l’enveloppe fait déjà grincer des dents. La faute à un gel global des dotations de l’Etat, ce qu’on appelle dans les ministères la « réserve de précaution ». Existe toutefois une « liste complémentaire » d’une vingtaine de médias qui pourront – sur la base d’un recours gracieux – se partager d’ici la fin de l’année les 8 % restants. A condition qu’ils n’aient pas été dépensés autrement !

En attendant, s’il y a presque moitié moins de candidats et à peu près autant de dossiers sélectionnés, les sommes allouées sont, pour plus de la moitié des structures, de 9 000 euros et, pour près de 40 % d’entre elles, de 18 750 euros (le Ravi est parmi eux), 40 % des médias aidés en 2016 l’ayant déjà été en 2015. Comme on le voit en Paca, si l’on passe de 8 à 12 bénéficiaires (mais de 40 à 30 candidats), il n’y a que 5 médias à bénéficier du fonds après avoir été retenus pour l’appel à projet. Au-delà donc des 3 structures sur « liste complémentaire », il y a une majorité de « nouveaux ». Pour la plupart, des acteurs déjà bien installés (comme Anonymal) mais aussi des structures plus jeunes (La Gazette de la Roug’, Ressources Magazine).

A la lecture du décret et de la liste des bénéficiaires, d’aucuns s’interrogent. Qu’est-ce qui prime : la qualité journalistique, l’ancrage territorial, la participation des habitants ? Mais aussi la solidité des structures ? Un peu tout ça, nous dit-on. Après une pré-sélection des Directions régionales de la culture (Drac), un comité « informel » s’est chargé des arbitrages, en privilégiant ceux qui répondaient à tous les critères sans écarter forcément les autres.

On peut se demander ce qui compte le plus. A un média qui s’est fait retoquer, la Drac conseille de se tourner vers les aides « classiques » du ministère. Et, à un autre, on explique qu’ont été écartés « les médias trop fragiles » ! Rue de Vallois, on se dit en rodage. Avec la volonté de pérenniser ce fonds. Même si, confirme-t-on, ce qu’un décret met en place, un autre décret peut le supprimer.

A Meymac, juste avant l’été, la coordination permanente des médias libres et Médias Citoyens avaient dit la nécessité d’interpeller la rue de Valois sur ce fonds. Avec le départ de Bouvier et les décisions qui viennent de tomber, c’est encore plus d’actualité. Surtout quand on voit que la région Paca, présidée par Christian Estrosi, vient d’octroyer à Azur TV, déjà bien aidée du côté de Nice et de la métropole, plus de 1,2 millions d’euros par an (pendant six ans) pour couvrir le Var et la métropole marseillaise. Soit, pour une seule télé, l’équivalent de ce que l’Etat vient d’accorder à une centaine de médias…

Sébastien Boistel ( le Ravi)

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Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, « Radio Libertés », et une régie mulitmédia « CPC 3.00 », l’heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode « rebelle ». A suivre…
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    Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, "Radio Libertés", et une régie mulitmédia "CPC 3.00", l'heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode "rebelle". A suivre...

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