Imposture : la Vénus aux Navets

La vénus aux navets est l’histoire d’une imposture célèbre dans l’histoire de l’art. Retour sur les événements qui défrayèrent la chronique du monde de l’Art dans les années 37/38 dans le Forez et en France.

Photos publiées dans La Loire Républicaine du 28 novembre 1938.L’affaire débute en avril 1937. M. Gonon, un modeste paysan de l’Etrat, au nord de Saint-Etienne, laboure sa terre au lieu-dit « Brizet » lorsque le soc de sa charrue heurte un obstacle. Intrigué, le brave homme creuse la terre et découvre une tête en marbre avec le bout de son nez mutilé, son buste dénudé et ses bras amputés. M. Gonon déterra le corps de femme, en marbre, et l’emmena dans sa demeure. Placée sur un socle, nettoyée et drapée dans une étoffe, elle fut laissée à  l’admiration des voisins puis des visiteurs lointains moyennant une petite participation financière.
Beauté antique

Pour quelques francs, le visiteur vient contempler celle que l’on nomme déjà  la  » Vénus de Brizet  » ou  » d’Etrat « . Elle pèse environ 80 kg. Elle est en marbre blanc. Elle est belle malgré son nez amputé et son bras droit manquant, de même que sa main gauche et la partie inférieure de ses jambes. Elle porte les cheveux coiffés à  la romaine et son bras droit soutient un drap enroulé autours de sa taille, comme au sortir du bain. Elle accrédite les rêveries de certains sur l’antiquité du bassin stéphanois. Ce seraient les occupants romains qui l’ont apportée pour orner un temple ou une villa, ou, avant eux, les Gaulois du cru qui l’ont troquée (à  Essalois ?) avec des négociants grecs, contre du jus de vigne.

Retrouvez un dossier complet dans l’excellent portail d’infos Forez Infos.

Classée monument historique
Photos publiées dans La Loire Républicaine du 28 novembre 1938.
Photos publiées dans La Loire Républicaine du 28 novembre 1938.

La découverte d’une telle beauté est chantée par les poètes du pays noir. La rumeur vient aux oreilles de certaines personnalités ministérielles. Une commission d’experts est nommée et la Vénus, en sa qualité d’oeuvre antique, est officiellement déclarée  » Monument Historique  » en mai 1938 par un décret du président Albert Lebrun. Gonon refuse de la céder pour plusieurs dizaines de milliers de francs.

…Beauté en Toc

En réalité c’est une supercherie ! La Vénus n’est pas ce que les savants et les experts en ont fait : elle n’est ni antique ni Attique ! Elle a été réalisée en 1936 et elle est stéphanoise ! C’est son sculpteur qui dévoile le pot aux roses, un certain François Crémonèse. Fin 1938, la nouvelle fait sensation.

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François Crémonèse, sculpteur méconnu auteur de la supercherie

L’artiste, né le 29 octobre 1907 près de Venise, avait suivi les cours de l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne. Il fut un temps l’élève du sculpteur Rochette. Après avoir connu l’échec à  Paris, il avait imaginé ce stratagème pour faire reconnaître son talent. Il avait fait venir un bloc de marbre de Carrare, dépensant pour cela toutes ses économies. Il passa trois années à  sculpter la belle. Dans la nuit du 9 au 10 octobre 1936, aidé d’un ou plusieurs complices, il s’en alla l’enterrer dans le champ de Gonon, non sans l’avoir mutilée au préalable pour faire plus authentique. Il ne savait pas qu’il lui faudrait attendre le printemps suivant pour qu’on déterre enfin son chef-d’oeuvre !

Procès entre inventeur et auteur

Devant la notoriété et les gains possibles, Cremonèse veut récupérer sa statue. Mais l’inventeur du trésor (son découvreur), M. Gonon, n’a pas l’intention de s’en séparer. Les protagonistes de cette histoire se retrouvent donc au tribunal de Montbrison en mai 1939. Crémonèse réclame la statue mais aussi 100 000 francs de provision sur les sommes encaissées par l’exposition de la statue ! Le tribunal donna raison à  Gonon qui garda la statue.

Et la postérité …

Le petit monde des Arts ne pardonna pas à  l’immigré italien…Francesco Crémonèse ne gagna pas la célébrité espérée. Il continua à  sculpter mais fut exposé peu souvent, la dernière fois à  Saint-Etienne en 1999. Il s’est éteint le 5 Décembre 2002 à  Saint-Etienne à  l’âge de 95 ans.  Et la Vénus ? Il existe un moulage en plâtre de la statue réalisé par un staffeur stéphanois, Jean-Baptiste Gaillard. La Diana, le Musée de Feurs et  la Mairie de Saint-Just-Saint-Rambert en détiendraient une copie. On a perdu de vue l’original, toujours classé Monument Historique, le décret du président n’ayant semble-t-il pas été cassé !

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Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, « Radio Libertés », et une régie mulitmédia « CPC 3.00 », l’heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode « rebelle ». A suivre…
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    Pourparlers est son troisième enfant numérique. Après une webradio éphémère, "Radio Libertés", et une régie mulitmédia "CPC 3.00", l'heureux papa est ravi de partager la venue au monde de www.pourparlers.eu. Ce dernier venu entre sur la Toile et fait ses 1eres dents. Il passe déjà en mode "rebelle". A suivre...

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