Et si les experts étaient expertisés?

L’enquete du professeur Seralini est sous les feux de l’actualité. Elle révèle un mouvement de fond porté par la Fondation Sciences Citoyennes, et une opposition farouche de la technoscience. La propostion de de loi sur la défense des donneurs d’ alerte et sur la déontologie de l’expertise vient d’être retoquée par le Sénat. Pourparlers ouvre le dossier. Avec Jacques Testard, président de la Fondation http://sciencescitoyennes.org

Le Sénat retoque l’expertise indépendante

En Rhône alpes, la Fondation s’était opposée à la fermeture du Registre des Malformations congénitales de Rhône-Alpes (REMERA). Sur un de ses combats de longue haleine,  la Fondation Sciences Citoyennes vient d’essuyer un revers sévère. Mardi 9 octobre, la commission du développement durable du Sénat a en effet retoqué la proposition de loi portée par EELV qui prévoyait la création d’une Haute autorité de l’expertise scientifique et de l’alerte. Rencontre avec Jacques Testard, président de la Fondation sciences citoyennes.

La Fondation a fait un proposition de loi sur la défense des donneurs d’ alerte et sur la déontologie de l’expertise. Pourquoi cette démarche ?
La Fondation a travaillé 5 années sur ce projet de loi. Dans les questions d’éthiques liées aux choix technologiques, l’opinion publique est manipulée par les médias. Le référendum et le micro trottoir sont fabriqués par les médias. Les Etats généraux pour la révision des lois de bioéthique et le Grenelle de l’environnement ont été des leurres démocratiques. Certes, la procédure légale est le débat public. Il y a une Commission nationale du débat public. http://www.debatpublic.fr/, mais le débat ne permet pas de connaître la position des populations, mais d’entendre tous les porteurs d’intérêt, les lobbys, les militants, les industriels, les chercheurs. Et surtout les experts….
Derrière c’est la question de l’expertise qui est remise en cause ?
Il n’y a pas de réglementation sérieuse de l’expertise en France. L’expertise, c’est une tautologie : c’est ce que la parole des experts. Or,  il y a une idéologie de l’expertise et des conflits intérêts. Il est difficile pour eux de casser la branche sur laquelle ils sont assis . La fondation propose une nouvelle déontologie de l’expertise, qui associe des experts classiques, mais aussi des gens du milieu associatif et des citoyens initiés et éclairés grâce à d’autres connaissances, venant des sciences humaines et sociales.
Que sont les conventions de citoyens ?
La Fondation propose des conventions de citoyens. Elles  existent depuis 20 ans ans au Danemark. Elles seraient composées d’ un échantillon de population représentatif de la population française. Ces citoyens recevraient une formation sérieuse. Ils seraient initiés mais préservés des pressions des lobbies.Le problème technique n’est pas seulement un technique mais un problème de société Ils entendraient des psychologues, des historiens des anthropologues qui donneraient un point de vue sur l’utilité sociale et les conséquences. Ils pourront ensuite donner un avis, consultatif ou obligatoire qui oriente ensuite la fabrication de la loi .Les conventions de citoyens pourraient être généralisées aux autres domaines de la vie en société.
Quelle serait la mission d’une Haute autorité de l’expertise ?
La mission de la Haute autorité de l’expertise et de l’alerte ne serait pas de faire des expertises mais de définir les règles de déontologie. Ce serait une espèce de comité d’éthique de l’expertise. Elle veillerait ensuite au respect des règles. Dans le même temps, cette commission protégerait les lanceurs d’alerte.
Christian velot, lanceur d’alerte sur les OGM

Dans le proposition de loi qui a été retoquée par la commision du sénat, il y a la définition et la protection des « lanceurs d’alerte ». Quelle seraient leurs missions ? Et pourquoi les protéger ?

Les lanceurs d’alerte sont des vigies. Ils sont informés avant tout le monde, d’un risque sanitaire ou environnementale. Ils peuvent être chercheurs, techniciens de l’industrie, journalistes comme Zola. Parmi les lanceurs d’alerte, il y a Christian Velot ou André Cicocella qui est le chimiste qui s’est battu contre les éthers de glycol et autres saloperies de l’alimentation. En révélant le risque, ils se trouvent exposé à la vindicte de ceux que celà gêne (labo pharmaceutique, patrons, collègues qui craignent pour la réputation trouvent que dans une période de compétitivité à outrance c’est pas le moment de dire du mal de la boîte.Le « lanceur d’alertes » devient un militant obstiné mais en oppositions. Il est seul devant ses collégues. Il est mis dans un placard comme Seralini. Le projet vise à protéger les lanceurs mais surtout leur alerte. Car il faut qu’elle soit ensuite expertisée.
Propos recueillis par Jean-Pierre Jusselme

 

 

Néo-journalisme et technologie : menace ou richesse pour l’information ?

Les tweets, les posts sur Facebook, les blogs alimentés toutes les heures. L’information circule sur le net à une vitesse grandissante. Avec les moyens du XXIe siècle, toute sorte de contenu peut être diffusée sur les réseaux sociaux. Et ce à moindre coût et par n’importe qui. A l’intérieur de ce microcosme d’internautes, des milliers de personnes qui s’approprient le titre de néo-journaliste. « Maniac Geek », blog trotter sur la Toile, à l’origine de l’article « Le journaliste vaut-il mieux que le blogueur ? » , argumente son point de vue. « Le journaliste doit se remettre en question dans le sens où il a un concurrent en la personne du blogueur. Il doit tenir compte que les gens en ont marre des médias dominants dont la seule qualité est d’écrire le plus rapidement possible ».

S’il affirme suivre les mêmes étapes qu’un journaliste lambda, en réalisant des interviews, en se tenant au courant et en vérifiant ses informations, il est aussi convaincu de la valeur ajoutée du bloggeur, c’est-à-dire, son indépendance. Mais la volonté de ne pas reprendre les dépêches AFP et de se différencier des journalistes encadrés par les grandes entreprises de presse, n’appartient pas à toute la blogosphère. Certains se contentent bien souvent d’alimenter un flux d’information que se répète systématiquement. Résultat : l’uniformisation des contenus sur le net.

C’est pourquoi, l’ancienne génération de reporters, stylo et carnet à la main, redoute cette nouvelle forme de journalisme. Malgré tout, ils s’y intéressent et s’adaptent de plus en plus à cette réalité, soit pour des raisons économiques, soit par simple plaisir personnel. Il n’en reste pas moins que le net a entièrement bouleversé l’univers de la presse, ainsi que la façon de concevoir l’information, de s’en approprier et de la retransmettre. Pour le bloggeur Laurent Colin le néo-journaliste, n’est ni plus ni moins qu’un citoyen ordinaire, ayant sélectionné et vérifié ses sources. En quelques mots, pour lui, tout le monde peut être journaliste si éthique et déontologie sont respectées. Ce qui n’est pas toujours le cas sur Internet. Mais il ne faut pas oublier que plagiat et propos erronées proviennent aussi des journalistes professionnels sur les sites d’information en ligne. Certains internautes préfèrent alors aller chercher l’information sur les blogs ou parfois en créer eux-mêmes, entraînant rapidement un cercle vicieux.

Le relais de l’information est donc un exercice dont le journaliste ayant une formation ou s’étant construit sur le terrain n’a désormais plus l’exclusivité. L’avancée de la technologie vient brouiller davantage ce tableau tant hétérogène que chaotique. Sans aucune intervention humaine, le Statsheet, un site d’infos entièrement écrit par un robot, inventée par l’américain Robbie Allen, répertorie 10 000 articles par mois, des centaines de sites, de comptes tweeter, Facebook et applications iphone générés par un simple algorithme informatique. Pour l’instant cette machine est capable de générer uniquement des articles de sport sur la base de statistiques. Mais qu’en sera-t-il dans quelques années ?

Une certitude : le journaliste n’est plus le « maître des sources ». Lui reste-t-il encore peut-être la finesse de sa plume.

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